Skip to content

L’entreprise 2.0

8 août 2010

A. La vision d’ A. McAfee

A.1. Entreprise 2.0 : A l’aube de l’émergence de la collaboration

A l’occasion d’un article[1] intitulé « Entreprise 2.0 : The Dawn of Emergent Collaboration », A. McAfee sera le premier scientifique à utiliser le terme d’entreprise 2.0 pour référencer l’utilisation de nouveaux médias sociaux en entreprise.

A. McAfee introduit l’émergence de la collaboration par une nouvelle utilisation des moyens de communication, qu’il référence en deux catégories. La première catégorie, les « canaux », regroupe les courriels, les messageries instantanées de personnes à personnes, le téléphone, etc. Ils permettent à chacun de créer de l’information digitale et de la distribuer, mais le degré de collaboration est faible.

La deuxième catégorie, plus récente, implique des « plateformes » comme les intranets, les portails d’information, les wikis et les blogs. Ces plateformes sont en quelque sorte l’opposé des canaux, dans le sens où leur contenu est créé par un petit groupe de personnes, mais visible pour tous. La production est centralisée et la collaboration élevée.

Une étude[2] de T. Davenport à ce sujet montre que les canaux sont beaucoup plus utilisés que les plateformes. Rien de plus normal, selon A. McAfee, car « les employés sont payés pour produire et non pour surfer sur l’intranet »[3].

A. McAfee dénonce cependant deux problèmes. Le premier problème est que beaucoup d’utilisateurs ne sont pas contents des canaux et des plateformes qui sont mises à leur disposition. 26 % des employés interviewés par T. Davenport se plaignent d’une utilisation excessive du courriel et seulement 44 % déclarent qu’ils ont facile de trouver ce qu’ils recherchent sur leur intranet.

Le deuxième problème, plus fondamental, est que « les technologies actuelles [article publié en 2006] ne permettent pas de capturer de façon efficace le savoir de l’employé »[4].

La bonne nouvelle est que de nouvelles plateformes apparaissent et qu’elles ne se focalisent plus sur la capture du savoir en lui-même, mais plutôt sur les méthodologies et les résultats des employés. Ces nouvelles plateformes de création, de partage et d’affinage de l’information – déjà répandue en 2006 sur Internet sous le nom des technologies du Web 2.0 – forment aujourd’hui les technologies de l’entreprise 2.0.

A. McAfee utilise l’acronyme « SLATE », pour indiquer les 6 composantes des technologies de l’entreprise 2.0 :

Source : CAVAZZA, F., Une nouvelle définition de l’Entreprise 2.0, in Cavazza F., Entreprise 20.fr — Toute l’actualité de la collaboration en ligne et des pratiques 2.0 en entreprise, adresse URL : http://entreprise20.fredcavazza.net/2007/11/06/une-nouvelle-definition-de-l%E2%80%99entreprise-20/ (page consultée le 15 avril 2010).

L’auteur enchaine ensuite en précisant deux règles innovantes qui semblent être suivies par les programmeurs. La première règle stipule que les outils doivent être intuitifs et faciles d’utilisation. La deuxième, quant à elle, explique que les programmeurs tentent de ne pas imposer d’idées préconçues sur le mode de structuration ou d’organisation du travail, mais qu’au contraire, ils développeraient des outils favorisant l’émergence de tels aspects.

A. McAfee termine son article en énonçant 4 raisons pour lesquelles « l’utilisation des technologies de l’Entreprise 2.0 ne sont pas automatiques (sic) et dépendent (sic) fortement des décisions prises et des actions entreprises par les managers »[5] :

  • Une culture d’entreprise réceptive, fertile à de nouvelles pratiques de collaboration ;
  • Une plateforme commune, accessible à tous et non des plateformes cloisonnées par activité ;
  • Un processus de changement par étape permettant l’adaptation de chacun ;
  • Un soutien managérial afin d’inciter l’utilisation de la plateforme.

L’auteur souligne ensuite deux menaces qui guettent l’initialisation des technologies de l’entreprise 2.0. Premièrement, les employés surchargés de travail pourraient, malgré les formations et les incitants, ne pas utiliser les nouvelles plateformes. Et deuxièmement, les contenus mis en ligne risquent de devenir trop abondants et non pertinents si les managers ne jouent pas le double rôle d’encourager et de stimuler l’utilisation des outils lors de la période de lancement, pour ensuite refréner les utilisateurs trop enthousiastes.

Cet article, bâtisseur de l’entreprise 2.0, est captivant à mes yeux, car, tout en posant les premières pierres conduisant à l’utilisation de l’intelligence collective, il révèle déjà certains points très sensibles à sa réussite. L’importance de la culture de l’entreprise, de la rémunération du travail collectif (A. McAfee ne déclare-t’il pas : « les employés sont payés pour produire et non pour surfer sur l’intranet »[6] ?) et du rôle des managers qui deviendront des facteurs clés de cette réussite.[7]

A.2. Entreprise 2.0, version 2.0 : La définition

C’est dans un article[8] posté sur son blog personnel qu’A. McAfee proposera une définition de l’entreprise 2.0 : « L’Entreprise 2.0 correspond à une utilisation de plateformes sociales émergentes au sein de sociétés ou entre des sociétés, leurs partenaires et leurs clients. »[9]

Cette définition – très académique – de l’entreprise 2.0 sera le point de départ de différentes mutations énoncées par d’autres experts des technologies de l’entreprise 2.0.

B. La « planéité » de D. Hinchcliffe

D. Hinchcliffe – expert internationalement reconnu en stratégie d’entreprise – propose dans un article[10] publié en 2007, une évaluation de l’entreprise 2.0. Il structure son article en 7 postulats :

  • « Les pratiques d’Entreprise 2.0 vont se développer au sein des entreprise (sic) avec ou sans l’accord de la direction (grâce à des initiatives personnelles). »[11]
  • « Les meilleurs résultats sont obtenus avec des pratiques plus sophistiquées que les blogs et les wikis. »[12]
  • « L’Entreprise 2.0 est avant tout une question de mentalité plutôt que de logiciel. »[13]
  • « La majeure partie des entreprises devront (sic) faire un gros effort d’éducation et de pédagogie. »[14]
  • « Les bénéfices liés aux pratiques d4entreprise 2.0 (sic) peuvent être énorme, mais ne s’engrangent qu’au fur et à mesure. »[15]
  • « Les pratiques d’Entreprise 2.0 ne remettent pas en cause les systèmes d’information traditionnels. »[16]
  • « Les pratiques d’Entreprise 2.0 vont faire naître de nouvelles formes de collaboration. »[17]

Ces différents postulats permettent de se rendre compte que l’entreprise 2.0 n’est pas qu’une suite d’outils à implémenter dans l’entreprise, mais qu’elle est avant tout un état d’esprit à acquérir, qui s’accompagne bien souvent avec un changement de la culture d’entreprise. Pour devenir une entreprise 2.0, il est primordial d’accepter la coopération. Les applications de l’entreprise 2.0 ne sont que des outils rendant ce changement possible.

L’auteur conclut son article en énonçant un nouvel acronyme, « FLATNESSES », afin de mettre en avant les éléments social, émergent et modulaire, qui à ses yeux sont essentiels. De plus, D. Hinchcliffe a rajouté un quatrième élément, l‘orienté-réseau, afin de refléter que tous ces aspects de l’entreprise 2.0 ne doivent pas être uniquement appliqués aux applications délivrées à travers un réseau, mais que leur contenu doit être intégralement orienté vers le Web, retraçable et réutilisable.

Source : CAVAZZA, F., Une nouvelle définition de l’Entreprise 2.0, in Cavazza F., Entreprise 20.fr — Toute l’actualité de la collaboration en ligne et des pratiques 2.0 en entreprise, adresse URL : http://entreprise20.fredcavazza.net/2007/11/06/une-nouvelle-definition-de-l%E2%80%99entreprise-20/ (page consultée le 15 avril 2010).

Cette nouvelle vision de l’entreprise 2.0, qui n’est finalement qu’une légère mutation de l’entreprise 2.0 d’A. McAfee, permet de se rapprocher de la véritable collaboration en entreprise. En attachant de l’importance au réseau social D. Hinchcliffe laisse entrevoir la plus-value que peut créer la collaboration.

C. F. Cavazza : Le portail de l’entreprise 2.0

Au fur et à mesure de mes recherches sur l’entreprise 2.0, le blog[18] de F. Cavazza s’est avéré être un outil précieux. F. Cavazza – consultant indépendant disposant de 11 années d’ancienneté dans les métiers du Web et du commerce électronique – y tient informé, à travers ses multiples articles, de l’évolution de l’entreprise 2.0 au fil du temps, tout en référençant abondamment différents ouvrages et articles scientifiques traitant du sujet.

Non seulement le blog de F. Cavazza se révèle être une excellente plateforme de recherche – ainsi que de partage et de collaboration – afin d’approfondir ses connaissances sur l’entreprise 2.0, mais de surcroit, la contribution personnelle de l’auteur sur la thématique y est digne d’intérêt.

C.1.  Quelques fondements de l’entreprise 2.0

Dans un premier article[19], F. Cavazza propose un schéma synthétisant sa vision du concept de l’entreprise 2.0. L’auteur commence toutefois par rappeler certains fondements concernant l’entreprise 2.0.

Premièrement, « l’Entreprise 2.0 regroupe un certain nombre de nouvelles pratiques de collaboration qui ne nécessitent [à priori] pas d’aménagement dans votre système d’information »[20]. Cette affirmation reste malgré tout relative – d’où l’importance d’ « à priori » – dans la mesure où l’auteur rajoute que « les véritables bénéfices de l’Entreprise 2.0 ne se feront ressentir qu’après avoir déployé une nouvelle architecture logicielle de votre SI »[21].

Néanmoins, ce que veut souligner F. Cavazza, c’est que le statut « 2.0 » s’acquiert via un long processus progressif dont « les premières étapes n’ont quasiment aucun impact sur le SI »[22]. Avec dans un second temps une adaptation progressive d’un « SI plus flexible »[23]. Le but étant non pas de « diminuer la dépendance aux outils informatiques, mais plutôt d’en décloisonner les usages »[24].

Deuxièmement, « l’Entreprise 2.0 c’est avant tout l’école du partage et de la collaboration »[25]. F. Cavazza insiste d’ailleurs en déclarant que « la plus grosse erreur serait de sous-estimer le poids des habitudes et surtout la résistance au changement »[26].

Étant donné que « travailler en mode « wiki », délivrer son expérience et son savoir-faire sur un blog sont des pratiques qui vont à l’encontre de ce que l’on apprend sur le terrain ; à savoir : se débrouiller pour apparaître comme indispensable au bon fonctionnement de l’entreprise auprès de ses supérieurs »[27] et étant donné l’importance de rester compétitif par rapport à la concurrence apportée par les pays émergents comme la Chine et l’Inde, il va falloir « modifier nos habitudes, méthodes et outils de travail. Le but de la manœuvre étant de faire circuler plus vite la bonne information à la bonne personne. »[28]

Finalement, « en plus des impacts sur les méthodes et outils de travail, l’Entreprise 2.0 nécessite également de revoir entièrement la gestion des carrières et les modèles d’évaluation des collaborateurs »[29]. Il devient indispensable de « pouvoir évaluer et valoriser l’importance d’un collaborateur en fonction de ses rôles / actions formelles et informelles »[30].

En effet, certains collaborateurs ne produisent pas d’information, mais « organisent, notent, commentent, filtrent… le tout au bénéfice de l’ensemble des autres employés »[31], d’autres « discutent, rencontrent, font se rencontrer, colportent, relayent (…) facilitant l’interaction sociale entre employés »[32]. N’apparaissant pas toujours comme essentiels, ils jouent cependant « un rôle très important dans la structure sociale et dans les échanges informels »[33]. Il est donc important de ne pas privilégier une approche quantitative par rapport à une approche qualitative de la collaboration.

C.2. Le portail de l’entreprise 2.0

Source : CAVAZZA, F., Qu’est-ce que l’Entreprise 2.0 ?, in Cavazza F., FredCavazza.net, adresse URL : http://www.fredcavazza.net/2007/07/24/quest-ce-que-lentreprise-20/ (page consultée le 18 juin 2010).

Par ce schéma, F. Cavazza illustre clairement que « ce sont les collaborateurs qui sont au centre et les informations / outils qui gravitent autour »[34], ce qui engendre d’ailleurs beaucoup de flèches dans le modèle. De plus, l’élément essentiel qui se dégage du schéma est qu’une importante partie de « l’activité d’un collaborateur devrait pouvoir se faire en ligne »[35]. En conséquence, le portail d’entreprise devient « l’épine dorsale sur laquelle repose un certain nombre de briques essentielles »[36] :

  • Le tableau de bord servant à « concentrer l’attention du collaborateur sur un écran unique d’où il pourra accéder à l’ensemble des informations, services et applications qui lui sont utiles au quotidien (sous forme d’indicateurs, de raccourcis ou d’alertes) »[37]. Le système fonctionnant comme un « Netvibes » d’entreprise ;
  • Le profil du collaborateur lui permettant de « contextualiser et de personnaliser l’information, mais également l’accès aux différents services »[38] ;
  • Le mécanisme d’authentification permettant d’avoir « un accès complet ou restreint aux applications internes, partagées ou externes »[39] ;
  • Les filtres particulièrement utiles pour « ne pas (…) noyer [le collaborateur] sous une masse d’information »[40] ;
  • Le moteur de recherche permettant de pouvoir accéder à la « business-critical » information. Le principe de la « business-critical » information étant le principe permettant de transmettre la bonne information à la bonne personne le plus rapidement possible.

Personnellement, ce que je voudrais mettre en avant par rapport au schéma de F. Cavazza, c’est l’importance de placer le collaborateur au centre. En effet, ce sont les outils – tels que les blogs, les wikis, les moteurs de recherche, etc. – qui doivent être au service du collaborateur et non l’inverse. D’où l’importance à la fois de la simplicité d’utilisation de ces divers outils et du tableau de bord permettant réellement de centraliser l’ensemble des outils et des applications sur une seule plateforme pour une plus grande ergonomie d’utilisation.

C.3. Le choix de la définition

C’est après plus d’un an de rédaction sur le sujet que l’auteur énonce à son tour une définition : « L‘Entreprise 2.0 désigne les pratiques collaboratives et l’usage de plateformes sociales au sein d’une entreprises (sic) ou entre plusieurs entreprises et ses [leurs] partenaires et clients. »[41]

Force est de constaté que, basée sur la définition[42] d’A. McAfee énoncée en début de chapitre, ainsi que sur celle d’I. Khaitan – « Enterprise 2.0 = Writable Intranet »[43] –, l’amélioration apportée par F. Cavazza à la définition d’A. McAfee ne se situe que dans l’insistance sur les « pratiques collaboratives »[44], soulignant l’importance de l’aspect de collaboration entre individus dans l’entreprise 2.0.

Cela dit, l’auteur met aussi en évidence plusieurs points clés de la définition de l’entreprise 2.0 :

  • « Le fait que l’on parle à la fois d’outils, mais également de pratiques;
  • L’utilisation du terme “usages”, car le déploiement des outils E[ntreprise] 2.0 ne garantie (sic) pas leur appropriation par les collaborateurs;
  • La notion de plateforme sociale qui recouvre à la fois les outils de production / partage de connaissances (blogs et wikis internes), de diffusion (microblogs), mais également de mise en relation (réseau social interne);
  • La prise en compte de l’écosystème (filiales, partenaires, clients) qui gravite autour de l’entreprise et qui fait le pont avec la notion d’extraprise. »[45]

Ces quelques points découlant certes des précédentes définitions énoncées de l’entreprise 2.0, il n’en est cependant pas moins intéressant de les voir formulés de façon structurée afin de pouvoir en dégager les éléments clés formant l’ensemble d’une entreprise 2.0 qui seront travaillés dans la dernière section[46] – synthèse personnelle de l’entreprise 2.0 – de ce chapitre.

D. Outils 2.0 : Les fermes de blogs et les wikis[47]

Dans ce chapitre, il a déjà souvent été question d’outils dérivant du Web 2.0, or, jusqu’à présent, ils n’ont encore jamais été réellement abordés en détail. Cette section est donc l’occasion de s’attarder plus longuement sur chacun d’eux.

En effet, A. McAfee parle, dans sa définition de l’entreprise 2.0, de moyens de communication qu’il divise en canaux et en plateformes – telles que les intranets, les portails d’information, les wikis et les blogs. Basées sur les technologies du Web 2.0, ces plateformes sociales forment d’ailleurs un des piliers de l’entreprise 2.0. D. Hinchcliffe aborde quant à lui la nécessité de pratiques plus sophistiquées que les blogs et les wikis, et le schéma de F. Cavazza fait référence à des blogosphères, des wikis formant des bases de connaissances ou encore des espaces de travail collaboratifs. Il devient donc intéressant d’introduire tous ces concepts plus en détail.

Le point de départ est de proposer des alternatives aux fichiers tels ceux proposés, par exemple, par Microsoft et sa suite Office, le but étant de trouver une solution aux problèmes liés à leur utilisation. Un fichier a tendance à s’égarer, à ne pas tenir dans la limite imposée par une boîte mail ou à encombrer les serveurs. Certains auteurs, comme F. Cavazza, les qualifient d’outils datant d’une autre époque, signalant qu’aujourd’hui la réalité est toute autre car, « nous rédigeons sous PowerPoint, faisons des tableaux dans Word et des schémas dans Excel »[48], il est temps que cela change !

D.1. Des blogs comme moyen de communication

Une première alternative, souvent mentionnée par les auteurs de l’entreprise 2.0, est le blog. L’encyclopédie « Encyclopaedia Universalis » le définit dans un article :

« Blog est une contraction de Web-log, qui signifie « carnet de bord sur le Web ». Apparu en 1999 aux États-Unis, cet outil s’inscrit dans l’histoire d’Internet comme le point de rencontre de deux filières de services précédemment distinctes, celle des outils d’autopublication, notamment de la page ou du site personnels, et celle des outils de communication collective, notamment les forums et les listes de discussion (chat). La réussite du blog en tant que nouveau média de communication est spectaculaire (…). Cette progression tient à la capacité du blog à associer expression individuelle et communication de groupe. »[49]

Cette définition met en avant l’aspect de communication collective présente dans le blog. De plus, avec un moteur de publication très simple, les blogs permettent aux utilisateurs de rédiger sans avoir à suivre de formation. Les interfaces intuitives garantissent quant à elles un accès facilité à l’information grâce aux systèmes de catégories, d’archives et de mots clés ou encore grâce aux abonnements aux flux RSS.

Même si les blogs furent utilisés au départ à des fins personnelles et lucratives, force et de constater que depuis quelques années ils sont aussi intégrés dans le monde de l’entreprise. « Dans certains grands groupes (IBM, Microsoft, GE…), les blogs se comptent par milliers et sont regroupés dans des fermes de blogs : horizontales (par métiers), verticales (par business unit ou pays) et transversales. »[50] Ils deviennent dès lors « un moyen très simple d’extraire l’information de systèmes propriétaires (fichiers, emails…) et de la partager à grande échelle (le blog du patron) ou de façon plus locale (blog d’une équipe projet composée de quelques personnes) »[51].

Grâce aux blogs, la communication en entreprise devient plus simple. Il n’y a « plus d’emails qui se perdent, plus de réponses enchevêtrées où il manque toujours quelqu’un en copie, plus de doublons, plus de susceptibilités (…). Tout est géré par le moteur du blog : la publication, les commentaires, l’archivage, la catégorisation »[52]. De plus, le blog garantit un accès facile à l’historique des échanges en un tour de main. Sans compter que « les moteurs de blog intègrent tous la possibilité de publier des flux RSS qui sont un pré-requis indispensable à la circulation de l’information : légers, flexibles et universels »[53].

Pour une entreprise 2.0, la règle d’or devient : « Si vous avez plus de 5 personnes en copie d’un email, faites-en plutôt un billet [à publier sur un blog]. »[54]

D.2. L’utilisation des wikis pour partager l’information

Une fois n’est pas coutume, mais, ce travail universitaire traitant de l’intelligence collective, c’est délibérément que je choisi Wikipédia pour définir un wiki :

« Un wiki est un site web dont les pages sont modifiables par tout ou partie des visiteurs du site. Il permet ainsi l’écriture et l’illustration collaboratives de documents. »[55]

Utilisé comme outil de l’entreprise 2.0, les wikis sont également « l’occasion de se simplifier la vie (professionnelle) : plus de conflits de version, plus de (sic) d’historique des modifications indéchiffrables, plus d’aller / retour incessants par email, plus de noms de fichiers à la noix (”cr_reunion_final_fr_V2_Fred_OK_print.doc”)… Les wikis sont des applications en ligne qui sont nativement collaboratives : chacun apporte sa petite contribution (rédaction, compléments, corrections…) et l’information est toujours à jour. De plus, l’historisation est automatique, la modération peut se faire à postériori, les droits peuvent être gérés en fonction du profil (lecture, modification, modération…) »[56]. De surcroit, ils offrent une alternative aux systèmes de gestion des connaissances de l’entreprise.

En conclusion, dans le monde de l’entreprise, un wiki est un outil permettant à une équipe de partager de l’information de façon intuitive, simplifiée et simultanée, voire de la créer ensemble à partir d’une plateforme de travail commune, sans devoir passer par de lourds fichiers nécessitant de fréquents transferts par courriels.

D.3. Vers d’autres moyens technologiques de collaborations

Bien évidemment, les blogs et les wikis ne forment pas les seules plateformes technologiques développées à partir du Web 2.0. Il s’est développé, au cours des dernières années, toute une série d’autres outils. Le but de ce travail universitaire n’étant pas de faire une analyse poussée de toutes les nouvelles technologies permettant d’accroitre la collaboration au sein de l’entreprise, je me contente de mon développement sur les blogs et les wikis, qui forment sans nul doute la base des principaux outils dérivant des technologies du Web 2.0.

Néanmoins, je tiens à rajouter à ce travail ce nuage de mots reprenant à merveille l’ensemble des outils disponibles actuellement sur le marché :

Source : FILEV, A., Project Management 2.0, in Slideshare, Slideshare : present yourself, adresse URL : http://www.slideshare.net/wrike/project-management-20-1884020 (page consultée le 18 juillet 2010).

D.4. Quelques statistiques liés à leur intégration dans l’entreprise d’aujourd’hui

Il vient d’en être question, le développement des outils 2.0 n’en est pas à son coup d’essai et ceux-ci sont déjà bien présents, prêts à être intégrés aux systèmes actuellement présents dans l’entreprise. La question qui persiste est donc toute naturelle : Qu’en est-il de leur utilisation dans l’entreprise d’aujourd’hui ? C’est afin de répondre à cette question que j’ai récolté quelques statistiques à travers le net.

Afin d’illustrer les résultats, je me suis basé sur une enquête de l’observatoire de l’intranet[57]. Cette enquête, effectuée début 2010, regroupe la tendance actuelle de 263 organisations majoritairement françaises et réparties sur tous types de secteurs d’activité.

Le premier graphique indique le niveau d’appropriation des outils collaboratifs par l’entreprise :

Source : OBSERVATOIRE DE L’INTRANET, Observatoire de l’intranet : Présentation des résultats 2010 de l’Observatoire de l’Intranet – juillet 2010, in Observatoire de l’intranet, Observatoire de l’intranet : Observatoire permanent des Technologies de l’Information et de la Communication, adresse URL : http://www.observatoire-intranet.com/ (page consultée le 19 juillet 2010).

La première constatation est que si les outils collaboratifs font doucement leur entrée dans le monde de l’entreprise, il n’en reste pas moins que 46 % des entreprises ne les utilisent que de façon ponctuelle, contre 16 % d’utilisation régulière. De plus, seulement 3 % des entreprises interrogées ont une pratique largement étendue du Web 2.0.

Le deuxième graphique montre, quant à lui, quels sont les outils de communication et de collaborations utilisés par les entreprises :

Source : OBSERVATOIRE DE L’INTRANET, Observatoire de l’intranet : Présentation des résultats 2010 de l’Observatoire de l’Intranet – juillet 2010, in Observatoire de l’intranet, Observatoire de l’intranet : Observatoire permanent des Technologies de l’Information et de la Communication, adresse URL : http://www.observatoire-intranet.com/ (page consultée le 19 juillet 2010).

Ces résultats indiquent une utilisation somme toute réduite des véritables outils 2.0 comme les forums, les blogs, les wikis et les webconférence, qui se situent dans des moyennes d’utilisation environnant les 20 %. Néanmoins, il se dégage pour l’avenir une réelle tendance d’« émergence de pratiques collaboratives étendues dans les grandes entreprises en provenance du Web 2.0 (blogs, wiki, forum, FAQ sont tous en très forte progression) »[58].

Ces statistiques, prouvant que l’entreprise 2.0 n’est encore qu’à ces débuts, laissent cependant entrevoir un réel intérêt envers l’intégration de ces nouvelles technologies à des fins de collaboration. Ce qui laisse supposer de l’importance de la bonne gestion de ces nouvelles technologies dans le futur. D’où justement tout l’intérêt de ce mémoire universitaire, axé sur le management de l’intelligence collective, et donc, de la gestion de la collaboration en entreprise !

E. L’entreprise 2.0 : Vision personnelle et conclusion

Grâce à la définition d’A. McAfee, bâtisseur de l’entreprise 2.0, ainsi qu’aux pertinentes analyses de D. Hinchcliffe sur le sujet, et finalement, grâce aux conseils pratiques de F. Cavazza, le concept de l’entreprise 2.0 s’est vu grandement éclairé. Afin de concrétiser mon apport personnel dans ce travail universitaire je me propose, en guise de conclusion de ce chapitre, d’en synthétiser une vision globale tout en recadrant le concept d’entreprise 2.0 dans la structure de mon mémoire.

Il en était déjà question dans l’introduction de cette deuxième partie, le but de ma démarche est d’établir un cadre dans lequel l’entreprise devient propice à l’incorporation de l’intelligence collective. C’est donc tout naturellement que mes lectures m’ont emmené à m’intéresser au concept d’entreprise 2.0. Ce qui m’a permis de découvrir une première étape dans l’évolution de l’entreprise, menant vers ce qu’O. Zara appellera une entreprise intelligente[59], c’est à dire, à mes yeux, une entreprise intégrant pleinement la plus-value de l’intelligence collective dans son mode d’organisation.

En effet, et même si je ne prétends nullement donner ma propre définition à l’entreprise 2.0, je vois cependant celle-ci comme une entreprise intégrant dans son organisation les outils d’interaction développés par le Web 2.0 afin d’encourager et de faciliter, dans un premier temps, la collaboration au sein de ses employés, voir finalement, entre ses « stakeholders ».

Il est toutefois important de signaler que, malgré que l’entreprise 2.0 soit caractérisé précisément par l’intégration des technologies Web 2.0, il est, avant d’être question d’une innovation technologique, principalement question d’une évolution dans la culture et le management de l’entreprise. Comme l’ont mentionné A. McAfee[60] et D. Hinchliffe[61], l’entreprise 2.0 est en premier lieu une question de mentalité plutôt que de logiciels, nécessitant une culture d’entreprise réceptive et fertile à de nouvelles pratiques de collaboration, ainsi qu’un processus de changement par étape permettant l’adaptation de chacun, et donc un soutien managérial afin d’inciter l’utilisation des plateformes 2.0.

Un dernier point qui m’a marqué lors de mes recherches, c’est qu’il est essentiellement question d’une approche « bottom-up » de l’intégration des outils de l’entreprise 2.0. C’est-à-dire que, bien souvent, les auteurs référencés parlent d’une incorporation commençant à travers une petite entité – tels une équipe ou un département – qui, suite à l’initiative d’un ou plusieurs employés, intègre progressivement les plateformes sociales dans leur méthode de travail afin de faciliter la collaboration. Conquise par cette amélioration, l’entité 2.0 se développera ensuite progressivement jusqu’à transformer toute l’entreprise. Il se pose dès lors la question liée au management. Comment ce changement est-il vécu par les managers ? Quelles en sont les implications ? Quel rôle doivent-ils jouer afin de faciliter la collaboration ? Quels sont les changements auxquels ils vont devoir faire face ?

Avant de tenter de répondre à ces questions, il me semble toutefois important d’approfondir le concept d’entreprise intelligente d’O. Zara, dans l’espoir de tisser plus concrètement le lien entre l’intelligence collective et le management.


[1] MCAFEE, A., Entreprise 2.0 : The Dawn of Emergent Collaboration, in MIT Sloan Management Review, Printemps 2006, Vol.47-N°3,pp.21-28, adresse URL : http://sloanreview.mit.edu/the-magazine/articles/2006/spring/47306/enterprise-the-dawn-of-emergent-collaboration/ (page consultée le 13 avril 2010).

[2] Cité par MCAFEE, A., op.cit.

[3] MCAFEE, A., op.cit.

[4] MCAFEE, A., Entreprise 2.0 : The Dawn of Emergent Collaboration, in MIT Sloan Management Review, Printemps 2006, Vol.47-N°3,pp.21-28, adresse URL : http://sloanreview.mit.edu/the-magazine/articles/2006/spring/47306/enterprise-the-dawn-of-emergent-collaboration/ (page consultée le 13 avril 2010).

[5] MCAFEE, A., Entreprise 2.0 : The Dawn of Emergent Collaboration, in MIT Sloan Management Review, Printemps 2006, Vol.47-N°3, pp.21-28, adresse URL : http://sloanreview.mit.edu/the-magazine/articles/2006/spring/47306/enterprise-the-dawn-of-emergent-collaboration/ (page consultée le 13 avril 2010).

[6] MCAFEE, A., Entreprise 2.0 : The Dawn of Emergent Collaboration, in MIT Sloan Management Review, Printemps 2006, Vol.47-N°3, pp.21-28, adresse URL : http://sloanreview.mit.edu/the-magazine/articles/2006/spring/47306/enterprise-the-dawn-of-emergent-collaboration/ (page consultée le 13 avril 2010).

[7] Cf. infra Partie 3 : Le management de l’intelligence collective, p.60.

[8] MCAFEE, A., Enterprise 2.0, version 2.0, in McAfee A., Andrew McAfee’s Blog — The Business Impact of IT, adresse URL : http://andrewmcafee.org/2006/05/enterprise_20_version_20/ (page consultée le 13 avril 2010).

[9] Cité par CAVAZZA, F., Qu’est-ce que l’Entreprise 2.0 ?, in Cavazza F., FredCavazza.net, adresse URL : http://www.fredcavazza.net/2007/07/24/quest-ce-que-lentreprise-20/ (page consultée le 13 avril 2010).

[10] HINCHCLIFFE, D., The state of Enterprise 2.0, in ZDNet, ZDNet: Tech News, Blogs and White Papers for IT Professionals, adresse URL : http://blogs.zdnet.com/Hinchcliffe/?p=143 (page consultée le 16 avril 2010).

[11] Cité par CAVAZZA, F., Une nouvelle définition de l’Entreprise 2.0, in Cavazza F., Entreprise 20.fr — Toute l’actualité de la collaboration en ligne et des pratiques 2.0 en entreprise, adresse URL : http://entreprise20.fredcavazza.net/2007/11/06/une-nouvelle-definition-de-l%E2%80%99entreprise-20/ (page consultée le 16 avril 2010).

[12] Cité par CAVAZZA, F., op.cit.

[13] Cité par CAVAZZA, F., op.cit.

[14] Cité par CAVAZZA, F., op.cit.

[15] Cité par CAVAZZA, F., op.cit.

[16] Cité par CAVAZZA, F., op.cit.

[17] Cité par CAVAZZA, F., op.cit.

[18] CAVAZZA, F., Entreprise 20.fr – Toute l’actualité de la collaboration en ligne et des pratiques 2.0 en entreprise, adresse URL : http://entreprise20.fredcavazza.net/ (page consultée le 18 juin 2010).

[19] CAVAZZA, F., Qu’est-ce que l’Entreprise 2.0 ?, in Cavazza F., FredCavazza.net, adresse URL : http://www.fredcavazza.net/2007/07/24/quest-ce-que-lentreprise-20/ (page consultée le 18 juin 2010).

[20] CAVAZZA, F., op.cit.

[21] CAVAZZA, F., op.cit.

[22] CAVAZZA, F., op.cit.

[23] CAVAZZA, F., op.cit.

[24] CAVAZZA, F., op.cit.

[25] CAVAZZA, F., op.cit.

[26] CAVAZZA, F., op.cit.

[27] CAVAZZA, F., op.cit.

[28] CAVAZZA, F., Qu’est-ce que l’Entreprise 2.0 ?, in Cavazza F., FredCavazza.net, adresse URL : http://www.fredcavazza.net/2007/07/24/quest-ce-que-lentreprise-20/ (page consultée le 18 juin 2010).

[29] CAVAZZA, F., op.cit.

[30] CAVAZZA, F., op.cit.

[31] CAVAZZA, F., op.cit.

[32] CAVAZZA, F., op.cit.

[33] CAVAZZA, F., op.cit.

[34] CAVAZZA, F., Qu’est-ce que l’Entreprise 2.0 ?, in Cavazza F., FredCavazza.net, adresse URL : http://www.fredcavazza.net/2007/07/24/quest-ce-que-lentreprise-20/ (page consultée le 18 juin 2010).

[35] CAVAZZA, F., op.cit.

[36] CAVAZZA, F., op.cit.

[37] CAVAZZA, F., Qu’est-ce que l’Entreprise 2.0 ?, in Cavazza F., FredCavazza.net, adresse URL : http://www.fredcavazza.net/2007/07/24/quest-ce-que-lentreprise-20/ (page consultée le 18 juin 2010).

[38] CAVAZZA, F., op.cit.

[39] CAVAZZA, F., op.cit.

[40] CAVAZZA, F., op.cit.

[41] CAVAZZA, F., Quelle définition pour l’Entreprise 2.0 ?, in Cavazza F., Entreprise 20.fr — Toute l’actualité de la collaboration en ligne et des pratiques 2.0 en entreprise, adresse URL : http://entreprise20.fredcavazza.net/2009/07/20/quelle-definition-pour-l%E2%80%99entreprise-20/ (page consultée le 14 avril 2010).

[42] Cf. supra Entreprise 2.0, version 2.0 : La définition, p.17.

[43] Cité par CAVAZZA, F., op.cit.

[44] CAVAZZA, F., op.cit.

[45] CAVAZZA, F., op.cit.

[46] Cf. infra L’entreprise 2.0 : Vision personnelle et conclusion, p.31.

[47] Section inspirée de CAVAZZA, F., Qu’est-ce que l’Entreprise 2.0 ?, in Cavazza F., FredCavazza.net, adresse URL : http://www.fredcavazza.net/2007/07/24/quest-ce-que-lentreprise-20/ (page consultée le 22 juin 2010).

[48] CAVAZZA, F., op.cit.

[49] CARDON, D., Blog, in Encyclopaedia Universalis, adresse URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/blog/ (page consultée le 22 juin 2010).

[50] CAVAZZA, F., Qu’est-ce que l’Entreprise 2.0 ?, in Cavazza F., FredCavazza.net, adresse URL : http://www.fredcavazza.net/2007/07/24/quest-ce-que-lentreprise-20/ (page consultée le 22 juin 2010).

[51] CAVAZZA, F., op.cit.

[52] CAVAZZA, F., op.cit.

[53] CAVAZZA, F., op.cit.

[54] CAVAZZA, F., Qu’est-ce que l’Entreprise 2.0 ?, in Cavazza F., FredCavazza.net, adresse URL : http://www.fredcavazza.net/2007/07/24/quest-ce-que-lentreprise-20/ (page consultée le 22 juin 2010).

[55] COMMUNAUTE WIKIPEDIA, Wiki, in Wikipédia – l’encyclopédie libre, adresse URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Wiki (page consultée le 23 juin 2010).

[56] CAVAZZA, F., op.cit.

[57] OBSERVATOIRE DE L’INTRANET, Observatoire de l’intranet : Présentation des résultats 2010 de l’Observatoire de l’Intranet – juillet 2010, in Observatoire de l’intranet, Observatoire de l’intranet : Observatoire permanent des Technologies de l’Information et de la Communication, adresse URL : http://www.observatoire-intranet.com/ (page consultée le 19 juillet 2010).

[58] OBSERVATOIRE DE L’INTRANET, Observatoire de l’intranet : Présentation des résultats 2010 de l’Observatoire de l’Intranet – juillet 2010, in Observatoire de l’intranet, Observatoire de l’intranet : Observatoire permanent des Technologies de l’Information et de la Communication, adresse URL : http://www.observatoire-intranet.com/ (page consultée le 19 juillet 2010).

[59] ZARA, O., Le management de l’intelligence collective, Paris, M21 Editions, 2009, p.15.

[60] MCAFEE, A., Entreprise 2.0 : The Dawn of Emergent Collaboration, in MIT Sloan Management Review, Printemps 2006, Vol.47-N°3, pp.21-28, adresse URL : http://sloanreview.mit.edu/the-magazine/articles/2006/spring/47306/enterprise-the-dawn-of-emergent-collaboration/ (page consultée le 13 avril 2010).

[61] HINCHCLIFFE, D., The state of Enterprise 2.0, in ZDNet, ZDNet: Tech News, Blogs and White Papers for IT Professionals, adresse URL : http://blogs.zdnet.com/Hinchcliffe/?p=143 (page consultée le 16 avril 2010).

L’approche contemporaine de l’intelligence collective

8 août 2010

A. L’intelligence collective de P. Lévy

Quand je regarde l’intelligence collective d’un point de vue plus contemporain, je ne peux, à nouveau, passer à côté de P. Lévy. Selon sa définition contemporaine, l’intelligence collective est « le projet d’une intelligence variée, partout distribuée, toujours valorisée et mise en synergie en temps réel »[1].

Comme relevé par D. Caillard lors d’un séminaire Internet de Sciences-po en 2000-01, cette définition permet d’« insister sur les quatre axiomes de l’intelligence collective »[2] :

  • Partout distribuée : « Personne ne sait tout, tout le monde sait quelque chose, le savoir est dans l’humanité et non dans une entité transcendante qui organiserait sa répartition auprès de la société »[3].
  • Sans cesse valorisée : La richesse centrale du collectif humain est l’humain en personne. « Ainsi, chaque membre du collectif serait porteur d’une richesse qu’on ne pourrait négliger et qui lui assurerait une place et une contribution uniques au sein du collectif intelligent. »[4]
  • Coordonnée en temps réel : En référence au « cyberespace, outil de support et de soutien de l’intelligence collective, qui [lui] seul permet une communication médiatique à grande échelle »[5].
  • Qui aboutit à une mobilisation effective des compétences : « L’intelligence collective (…) peut sous-tendre une nouvelle organisation sociale effective et efficace, basée sur les compétences, le savoir et les connaissances. L’intelligence collective favorise la puissance (…) plutôt que le pouvoir. »[6] Selon P. Lévy : « La puissance rend possible, le pouvoir bloque »[7]. Il nous invite à « désinvestir les hiérarchies »[8] et il « introduit la notion de démodynamique (du grec dunamis : puissance, force) contre la démocratie ! »[9]

Cette vision de l’intelligence collective, qui se prête déjà beaucoup mieux à notre société actuelle que la première ébauche énoncée au début de cette première partie de mon travail universitaire à l’aide d’Aristote, me permet de percevoir le lien entre l’intelligence collective et le management de l’entreprise.

Cependant, c’est sur le site des chaires de recherches du Canada que je retrouve la meilleure définition (et probablement la plus mise à jour) que propose P. Lévy sur l’intelligence collective :

« On appelle « intelligence collective » la capacité des collectivités humaines de coopérer sur le plan intellectuel pour créer, innover, inventer. Dans la mesure où notre société devient de plus en plus dépendante du savoir, cette faculté collective prend une importance fondamentale. Il est essentiel de comprendre, notamment, comment les processus d’intelligence collective peuvent être multipliés par les réseaux numériques : c’est une des clés du succès des sociétés modernes. »[10]

Le lien est tissé ! L’intelligence collective se voit être un facteur clé du succès des sociétés modernes. Dans le monde économique, cela signifie qu’il devient capital d’accroitre la collaboration de ses employés pour rester compétitif. Afin de continuer à pouvoir créer, innover et inventer, il convient de partager le savoir collectif !


[1] LEVY, P., Pour l’intelligence collective, in Le monde diplomatique, octobre 1995, p25, adresse URL : http://www.monde-diplomatique.fr/1995/10/LEVY/1857 (page consultée le 19 mars 2010).

[2] CAILLARD, D., L’intelligence collective, in Guichard E., Équipe Réseaux, Savoirs & Territoires, adresse URL : http://barthes.ens.fr/scpo/Presentations00-01/Caillard_IntelligenceCollective/intcol.htm (page consultée le 24 mars 2010).

[3] CAILLARD, D., op.cit.

[4] CAILLARD, D., op.cit.

[5] CAILLARD, D., op.cit.

[6] CAILLARD, D., L’intelligence collective, in Guichard E., Équipe Réseaux, Savoirs & Territoires, adresse URL : http://barthes.ens.fr/scpo/Presentations00-01/Caillard_IntelligenceCollective/intcol.htm (page consultée le 24 mars 2010).

[7] Cité par CAILLARD, D., op.cit.

[8] Cité par CAILLARD, D., op.cit.

[9] CAILLARD, D., op.cit.

[10] LEVY, P., Chaires de recherches du Canada, in Chaires de recherches du Canada, adresse URL : http://www.chairs-chaires.gc.ca/chairholders-titulaires/profile-fra.aspx?profileID=584 (page consultée le 20 juillet 2010).

L’approche originelle de l’intelligence collective

8 août 2010

Avant toute chose, il me semble bon de me tourner vers l’histoire et ce qu’elle peut m’enseigner. En effet, il est intéressant de relever que l’étude de l’intelligence collective prend racine bien avant notre société moderne. Elle ne s’inscrit donc nullement dans une étude économique, mais bien dans un contexte social bien plus large, remontant au début de la civilisation humaine.

A. La collectivité selon Aristote

De fait, selon O. Zara – consultant en management, expert reconnu du Web 2.0 – « dès l’antiquité, Aristote posait déjà la question de l’intelligence collective »[1]. D’ailleurs, dans son livre[2] sur le management de l’intelligence collective, O. Zara emprunte les mots d’Aristote (extrait de La Politique, Livre III, chapitre XI) afin d’introduire l’intelligence collective à ses lecteurs : « (…) Il est possible en effet que la majorité, dont chaque membre n’est pas vertueux, réunie toute ensemble soit meilleure que l’élite, non pas séparément, mais collectivement (…). Étant donné qu’ils sont nombreux, chacun détient une part de vertu et de sagesse, et, de cette réunion, la masse devient comme un seul homme, à plusieurs pieds et plusieurs mains, et pourvu de plusieurs sensations, et il en va de même pour son caractère et son intelligence. »[3]

Quelle belle façon d’introduire la voûte sur laquelle repose l’intérêt du management de l’intelligence collective : L’intelligence d’un groupe fonctionnant en collectivité dépasse la somme des intelligences individuelles des membres de ce même groupe. La prise en considération de ce constat tout simple, datant de la nuit des temps, dans l’entreprise d’aujourd’hui – et plus particulièrement dans le management de ses employés – n’est-elle pas garant d’un accroissement de la performance économique non négligeable ?

B. L’intelligence collective originelle

Le ton étant donné par cette première petite section consacrée à l’histoire antique, je pense qu’il est maintenant favorable d’étudier le concept de l’intelligence collective avant son apparition dans notre société contemporaine. Celle-ci est appelée, selon certains auteurs, l’intelligence collective originelle.

C’est dans un article[4] sur l’intelligence collective – publié en 2004 et révisé en 2007 – que j’ai trouvé la première définition de l’intelligence collective originelle. En effet, dans cet article, J.-F. Noubel définit l’intelligence collective originelle comme étant « tout simplement l’intelligence en petit groupe dont nous a dotés l’évolution »[5].

Cette première définition, certes pas très longue, permet déjà de ressortir certains éléments intéressants. En effet, la spécificité de cette intelligence collective originelle est qu’elle est identifiable aussi bien auprès de groupes humains que chez certains mammifères sociaux[6]. Voir même, comme l’a démontré J.-L. Deneubourg – professeur de biologie et de chimie à l’université libre de Bruxelles –, sous des formes complexes chez certains insectes sociaux comme, par exemple, les abeilles, les fourmis et les termites[7].

Il me semble dès lors intéressant de diviser ma recherche en deux parties. Dans un premier temps, je consacrerai du temps à l’analyse de l’intelligence collective au sein du règne animal. Et puis, j’étudierai plus profondément les implications de l’intelligence collective au sein des communautés humaines.

B.1. L’intelligence collective au sein du règne animal

Je pense personnellement qu’il ne fait nul doute que la coopération est présente dans le règne animal. Afin de s’en convaincre, il suffit d’ouvrir les yeux et d’analyser notre environnement animalier.

Chaque année, pendant la période de migration, j’ai la chance de voir passer devant chez moi des oies qui redescendent du nord. Je les reconnais toujours facilement grâce à leur vol groupé en V. Quelques recherches, à l’époque, m’ont permis de découvrir que cette technique de vol leur permettait d’augmenter leur efficacité de près de 70 % grâce aux propriétés aérodynamiques. Une oie, volant seule, ne serait en conséquence jamais capable d’accomplir les distances migratoires.

Il y a quelques années, j’ai été membre des mouvements de jeunesse. Je me souviens y avoir appris à vivre en communauté en suivant l’exemple d’une meute de loups. J’y ai appris qu’il y avait une certaine hiérarchie au sein de la meute (et de notre groupe) et que le loup chassait toujours en meute de façon très organisée afin d’encercler sa proie.

Et que penser des abeilles ? J’ai toujours été en admiration devant mon délicieux pot de miel. Quel travail d’équipe a-t’il fallu à cette colonie d’insectes pour produire un aussi bon résultat ? Et que penser du mode complexe d’organisation de cette colonie constituée d’une reine et de bien souvent plus de 40.000 ouvrières, succédant au cours de leur vie aux différents postes de nettoyeuse, nourrice, travailleuse d’intérieur, cirière, gardienne et rappeleuse et finalement, butineuse.

Je pense que ces trois exemples, tirés tout simplement de mes observations personnelles, prouvent déjà largement que certaines espèces animales coopèrent. Mais pourquoi coopèrent-elles ? J.-F. Noubel donne une réponse toute simple à cette question.

En effet, c’est à l’occasion d’une interview, réalisée par L. Lemoine, que J.-F. Noubel donne une définition plus précise de l’intelligence collective : « L’intelligence collective est la capacité qu’ont certaines espèces, animales ou végétales, à collaborer pour réussir ensemble ce que les individus ne parviendraient pas à réaliser seuls. »[8]

L’intelligence collective, une forme de complexe collaboration, est donc bien présente dans le règne animal, aussi bien chez certains mammifères que chez certains insectes sociaux. L’étude de leurs comportements, appelée l’éthologie, s’avère être une discipline passionnante, dont il est possible d’apprendre beaucoup de fondements, transmissibles à notre société humaine. L’éthologie et le règne animal n’étant cependant pas les sujets principaux de mon mémoire, je vais plutôt m’attarder sur l’étude du comportement collaboratif humain.

Néanmoins, je terminerai cette section par une citation de P. Lévy – directeur de la chaire de recherches en intelligence collective à l’université d’Ottawa – qui résume à merveille l’intelligence collective animale, et qui me permettra de faire le lien entre le règne animal et les communautés humaines :

« Les premiers scientifiques à avoir étudié l’intelligence collective sont les éthologistes, ceux qui observent et modélisent le comportement des animaux. Ils nous ont appris que, même si les capacités cognitives des fourmis ou des abeilles individuelles sont assez limitées, les fourmilières ou les ruches, en revanche, lorsqu’on les considère comme des “touts” ou des “super-organismes”, sont capables de résoudre des problèmes complexes de façon coordonnée. La composition ou l’agrégation de nombreux comportements individuels simples peut avoir pour résultat un comportement social complexe et subtil qui dépasse l’entendement des individus. L’intelligence collective n’existe pas seulement dans les sociétés d’insectes, mais également dans les bancs de poissons, les vols d’oiseaux, les troupeaux d’herbivores, les hordes de loups ou les bandes de singes. En général, le fait de vivre en sociétés dont les individus communiquent et coopèrent est un avantage compétitif pour un grand nombre d’espèces animales. »[9]

B.2. L’intelligence collective au sein des communautés humaines

Comme le dit très justement P. Lévy, « l’humanité est une espèce hautement sociale et, à ce titre, elle manifeste des propriétés d’intelligence collective exactement comme les autres espèces de primates sociaux »[10]. Finalement, l’homme aussi est un mammifère ! Cependant, certaines différences persistent entre le monde animal et les communautés humaines.

Néanmoins, avant de rentrer dans l’analyse de ces différences, je voudrais citer une dernière fois J.-F. Noubel qui, je trouve, fait une analyse très pertinente de cette intelligence collective originelle au sein des sociétés primitives : « Dans les sociétés primitives, on se réunissait en petits groupes, souvent en cercle, pour formuler un avenir commun et les moyens d’y parvenir »[11]. L’auteur poursuit : « Cette intelligence collective, dite « originelle », est encore à l’œuvre dans les équipes sportives, les groupes de musique ou les réunions de voisinage. Dans ces petites structures, chacun perçoit, en temps réel, ce que font les autres et le sens de leur action commune. C’est ce que l’on appelle l’ « holoptisme », la vision du tout. Notre corps est conçu pour ces échanges en faible nombre. Au-delà, notre compréhension de l’action commune se perd. Mais, dans l’histoire des hommes, sont apparus deux mouvements qui ont révolutionné nos modes de fonctionnement. L’écriture a d’abord permis de coordonner des actions à distance. Puis, bien plus tard, la révolution industrielle nous a dotés de moyens de production de masse. »[12]

Cette section sera, en conséquence, l’occasion d’analyser d’une part, ce qui différencie les communautés humaines du règne animal et finalement, d’introduire les changements qui ont révolutionné nos modes de fonctionnement.

Selon P. Lévy : « La racine de ces différences est la capacité biologique innée des individus humains à manipuler des symboles. »[13] C’est cette capacité linguistique qui fait le propre des êtres humains. En effet, « les animaux ne peuvent ni poser des questions, ni raconter des histoires, ni dialoguer »[14]. L’auteur déclare, en conséquence, qu’il y a deux différences essentielles qui distinguent les intelligences collectives animale et humaine :

  • « La première différence est que l’individu humain a, non seulement, des capacités remarquables de résolution de problèmes, mais aussi et surtout une conscience réflexive, qui lui est conférée par sa pensée discursive. »[15]. L’être humain bénéficie donc d’une réflexion autonome sur ces propres comportements.
  • « La seconde différence est que l’intelligence collective humaine se déploie, d’une génération à l’autre, dans le cours d’une histoire ou d’une évolution culturelle. »[16]

P. Lévy redéfinit, par la même occasion, les caractéristiques de l’intelligence collective humaine :

« L’intelligence collective humaine agrège, articule et compose des processus cognitifs individuels radicalement plus complexes que ceux de l’intelligence collective animale, des processus cognitifs qui sont en quelque sorte éclairés de l’intérieur par la raison discursive. (…) Contrairement à l’intelligence collective animale, l’intelligence collective humaine apprend non seulement à l’échelle d’une génération dans le temps ou d’une société dans l’espace, mais également à l’échelle spatio-temporelle beaucoup plus vaste de l’espèce humaine dans son ensemble. »[17]

L’intelligence collective est donc bien plus complexe dans nos sociétés humaines que dans le monde animal. J’en reviens aux propos de J.-F. Noubel, qui déclare que certains mouvements ont révolutionné notre mode de fonctionnement. L’auteur les cite au nombre de deux :

  • L’écriture ;
  • Et la révolution industrielle.

Personnellement, je pense qu’il faut rajouter à ces deux mouvements l’apparition d’Internet. En effet, la médiatisation de l’information dans un premier temps, suivie de l’interactivité et de la connectivité, sont des facteurs qui ont révolutionné la notion d’échelle spatio-temporelle énoncée par P. Lévy. L’information se retrouve partout, accessible à tous, dans des quantités jamais obtenues jusque-là. De plus, la connectivité permet d’être en contact permanent avec des personnes se situant à des milliers de kilomètres, révolutionnant par là la vision holoptique de J.-F. Nobel.

L’apparition du Web change, en conséquence, complètement notre rapport à l’information et à son appropriation, garantissant le pouvoir. Il me semble dès lors important d’analyser l’évolution de l’intelligence collective au sein de notre société moderne. D’où ce deuxième chapitre consacré à l’approche contemporaine !


[1] ZARA, O., Le management de l’intelligence collective, Paris, M21 Editions, 2009, p.15.

[2] ZARA, O., op.cit., p.15.

[3] Cité par ZARA, O., op.cit., p.15.

[4] NOUBEL, J.-F., Intelligence Collective, la révolution invisible, in TheTransitionner, The transitionner, adresse URL : http://www.thetransitioner.org/wikifr/tiki-index.php?page=La+r%C3%A9volution+invisible (page consultée le 25 mars 2010).

[5] NOUBEL, J.-F., op.cit.

[6] NOUBEL, J.-F., op.cit.

[7] DENEUBOURG, J.-L., Individuellement les insectes sont bêtes, collectivement ils sont intelligents, in Le Temps stratégique, septembre 1995, N°65, adresse URL : http://www.archipress.org/ts/deneubourg.htm (page consultée le 31 mars 2010).

[8] Cité par LEMOINE, L., Entrons dans l’intelligence collective, in Billot J., Psychologies.com : mieux vivre sa vie, adresse URL : http://www.psychologies.com/Planete/Societe/Articles-et-Dossiers/Entrons-dans-l-intelligence-collective (page consultée le 20 juillet 2010).

[9] LEVY, P., Vers une science de l’intelligence collective, in Ieml, Ieml : information technology meta language, adresse URL : http://www.ieml.org/spip.php?article176 (page consultée le 20 juillet 2010).

[10] LEVY, P., op.cit.

[11] Cité par LEMOINE, L., Entrons dans l’intelligence collective, in Billot J., Psychologies.com : mieux vivre sa vie, adresse URL : http://www.psychologies.com/Planete/Societe/Articles-et-Dossiers/Entrons-dans-l-intelligence-collective (page consultée le 20 juillet 2010).

[12] Cité par LEMOINE, L., Entrons dans l’intelligence collective, in Billot J., Psychologies.com : mieux vivre sa vie, adresse URL : http://www.psychologies.com/Planete/Societe/Articles-et-Dossiers/Entrons-dans-l-intelligence-collective (page consultée le 20 juillet 2010).

[13] LEVY, P., Vers une science de l’intelligence collective, in Ieml, Ieml : information technology meta language, adresse URL : http://www.ieml.org/spip.php?article176 (page consultée le 20 juillet 2010).

[14] LEVY, P., op.cit.

[15] LEVY, P., op.cit.

[16] LEVY, P., op.cit.

[17] LEVY, P., Vers une science de l’intelligence collective, in Ieml, Ieml : information technology meta language, adresse URL : http://www.ieml.org/spip.php?article176 (page consultée le 20 juillet 2010).